Les menaces sanitaires se multiplient et se complexifient. Pour y faire face, les autorités de santé doivent détecter les signaux plus tôt, mesurer leurs capacités de réponse en temps réel et coordonner de nombreux acteurs. Entre mars 2025 et juin 2026, la Direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies (DELM) du ministère de la Santé et de la Protection sociale (MSPS) du Maroc a conçu un nouveau système d’information de veille, surveillance, préparation et réponse aux urgences de santé publique (SI-VSPR), avec l’appui technique de Bluesquare.
La surveillance épidémiologique traditionnelle repose sur la déclaration de cas par les professionnels de santé, puis sur leur compilation et leur analyse. Ce modèle atteint aujourd’hui ses limites, sous l’effet de quatre évolutions.
Les risques sanitaires peuvent être biologiques, chimiques, environnementaux, climatiques ou sociaux. Beaucoup naissent à l’interface entre santé humaine, santé animale et environnement. L’approche One Health (une seule santé) suppose de croiser des données vétérinaires, entomologiques, climatiques et environnementales avec les données de santé humaine. La veille doit aussi suivre en continu les signaux internationaux, par exemple ceux d’EIOS ou de ProMED, pour anticiper les menaces transfrontalières.
Les données utiles à la surveillance ne se limitent plus aux formulaires de déclaration. Elles proviennent des dossiers patients, des systèmes hospitaliers et de laboratoire, de l’assurance maladie, du secteur privé, des registres et de sources extérieures à la santé. Chaque source a ses formats et ses référentiels. Sans interopérabilité, ces données restent cloisonnées et peu exploitées.
Les chantiers de digitalisation se multiplient : dossier patient, systèmes d’information hospitaliers, assurance maladie, outils de programmes verticaux. Chaque chantier produit des données de routine qui peuvent alimenter la surveillance, à condition d’être reliées entre elles. Sans cela, chaque nouveau système ajoute un silo et une charge de saisie de plus pour les professionnels de santé.
Les plateformes de données modernes permettent d’automatiser l’ingestion, le contrôle qualité et la production d’indicateurs. L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités : détecter des anomalies, repérer des signaux faibles, assister l’exploration des données. Ces outils exigent une gouvernance claire, des traitements traçables et un hébergement maîtrisé des données sensibles.
Le Maroc a fait de ces évolutions la base de la refonte de son système.
L’état des lieux mené en mars 2025 a confirmé des acquis réels en matière de digitalisation et de qualité des données épidémiologiques. Il a aussi relevé des sources fragmentées, une collecte encore largement manuelle, une interopérabilité insuffisante et une intégration partielle des données du secteur privé et des autres secteurs. Ce travail s’inscrit dans une réforme profonde du système de santé : généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), création de la Haute Autorité de santé, de la Direction générale du système d’information et du numérique (DGSIN) et des Groupements sanitaires territoriaux.
Le SI-VSPR complète les systèmes existants sans les remplacer. Il valorise d’abord les données déjà produites en routine et réserve toute nouvelle collecte aux informations critiques indisponibles ailleurs. La déclaration obligatoire devient en partie automatique, grâce à des règles appliquées aux flux des dossiers patients, des hôpitaux et des laboratoires.
Cette plateforme centrale se connecte aux systèmes sources directement ou via la Gateway nationale d’interopérabilité. Elle standardise les données selon des référentiels communs et met à disposition des espaces de travail sécurisés. Les données sont hébergées sur des infrastructures nationales, et les fonctionnalités d’IA restent encadrées par le ministère.
Cette deuxième couche produit des tableaux de bord pour la routine et la gestion de crise, des bulletins et rapports de situation automatisés, des flux d’alertes et des informations destinées au grand public.
Ces outils web et mobiles sans code (no-code) fonctionnent hors ligne et intègrent un géoregistre. Un nouveau projet de collecte peut être activé en moins de 1 jour, par exemple pour suivre des contacts ou mettre à jour les capacités en lits et en stocks pendant une urgence.
Le Service de surveillance épidémiologique (SSE), le Centre national des opérations d’urgence de santé publique (CNOUSP) et la Division de l’information et des méthodes (DIM) ont conduit les travaux en 4 phases : analyse, consolidation, revue et restitution. Plus d’une dizaine d’institutions ont été consultées, dont l’Institut Pasteur, l’ONSSA, l’Agence de développement du digital et le CHU de Tanger. Les livrables comprennent une analyse fonctionnelle, un cahier des charges technique et une feuille de route sur 36 mois.
La phase de conception du SI-VSPR est désormais terminée.
Nous remercions les équipes marocaines qui ont porté ce travail : la DELM, le SSE, le CNOUSP et la DIM, ainsi que l’ensemble des institutions consultées. Leur engagement a permis de concevoir un système ancré dans les besoins réels du pays et prêt à intégrer les évolutions technologiques à venir.
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