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Burundi : une collecte digitale modulable pour surveiller les maladies à déclaration obligatoire

20 octobre 2026
Surveillance One Health
Burundi : une collecte digitale modulable pour surveiller les maladies à déclaration obligatoire

Au Burundi, comme dans de nombreux pays, la surveillance des maladies épidémiques a longtemps reposé sur des circuits ad hoc, déployés en fonction des besoins ou des urgences du moment. Le Centre des Opérations d’Urgence en Santé Publique (COUSP) faisait face à un diagnostic clair : aucun système unique ne reliait la notification, l’investigation, le laboratoire et la prise en charge. Cette fragmentation ralentissait la riposte et compromettait la qualité des décisions en temps de crise. Découvrez comment le projet mené avec le COUSP, la Direction du Système National d’Information Sanitaire (DSNIS), l’Institut National de Santé Publique (INSP) et ses partenaires, dont Enabel, a transformé cette situation. 

Contexte et enjeux opérationnels au Burundi

Le Burundi fait face à des menaces épidémiologiques récurrentes et imbriquées : le choléra, le Mpox, la fièvre jaune, ainsi que le risque persistant d’une première détection d’un cas de fièvre hémorragique virale, compte tenu de sa proximité avec la RDC et des flux transfrontaliers. Avant le projet, la surveillance de ces maladies était bien structurée selon le guide de la Surveillance Intégrée des Maladies et Riposte (SIMR), mais la circulation de données restait largement manuelle via des échanges ponctuels. Les délais de transmission entre le terrain et le laboratoire s’étendaient sur plusieurs jours. Aucune intégration automatique n’existait entre le DHIS2 utilisé pour la routine et les données opérationnelles du COUSP. Les analyses épidémiologiques exigeaient des compilations manuelles. Cette approche fragmentée signifiait que le COUSP ne disposait jamais d’une image consolidée et en temps réel de la situation.

L’objectif a donc été de transformer cette surveillance fragmentée en un système capable de soutenir une riposte intégrée à plusieurs pathologies, tout en assurant l’interopérabilité avec le système d’information sanitaire national.

Architecture déployée : collecte, intégration, analytique

Le projet a adopté une approche en trois niveaux, directement alignée sur les besoins opérationnels du COUSP.

Collecte structurée et traçabilité longitudinale

La fondation repose sur le DHIS2 Tracker, un système de suivi individuel qui structure le parcours complet d’un cas suspect. Plutôt que de disperser l’information à travers des fiches papier et des registres distincts, le Tracker guide la saisie selon un workflow standardisé : notification initiale, investigation approfondie, prélèvement et traçabilité des échantillons, transmission des résultats de laboratoire, prise en charge et clôture du cas.

Flux du patient de la notification à la prise en charge dans le Tracker DHIS2 du COUSP

Flux du patient de la notification à la prise en charge dans le DHIS2 Tracker du COUSP

Cette structuration apporte trois bénéfices immédiats. D’abord, elle standardise les définitions de cas : tous les sites utilisent les mêmes critères de classification. Ensuite, elle contrôle la cohérence : le système refuse les saisies incohérentes et guide l’utilisateur via des règles de logique. Enfin, elle permet un suivi longitudinal complet du patient à tous ses points de contact, avec des données collectées au moment de son identification, et au cours des différentes phases de diagnostic et de traitement.

Intégration automatisée via OpenHEXA

Une fois collectées de façon structurée, les données doivent converger vers une plateforme centrale où elles sont consolidées. C’est le rôle d’OpenHEXA. La plateforme d’intégration orchestre automatiquement les pipelines de données qui relient le DHIS2 Tracker aux données similaires remontant à travers le système national d’information sanitaire. Ces données sont comparées, pour faciliter la validation et leur utilisation.

Architecture d’intégration de données automatisée avec OpenHEXA et DHIS2 pour supporter le COUSP dans la prise de décision

Architecture d’intégration de données automatisée avec OpenHEXA et DHIS2 pour appuyer le COUSP dans la prise de décision

Produits analytiques pour la décision opérationnelle

La dernière étape transforme ces données consolidées en informations directement exploitables par le COUSP. Trois produits ont été mis en place.

Un tableau de bord de surveillance offre une vue consolidée en temps réel : distribution des cas par lieu, évolution temporelle, signaux d’alerte. Un tableau de bord de laboratoire assure la visibilité sur les flux d’échantillons : volumes prélevés, délais de diagnostic, taux de dépistage, goulots d’étranglement identifiés. Un outil de triangulation croise les données opérationnelles du COUSP avec les données agrégées de la DSNIS pour consolider l’analyse et évaluer la complétude des données du Tracker.

Déploiement et appropriation : formation et transfert de compétences

L’infrastructure technique n’est utile que si elle est exploitée. Pour cette raison, le projet a accordé une attention égale à la formation des formateurs et au renforcement des capacités du COUSP et de ses partenaires.

Une formation spécialisée sur le DHIS2 Tracker a été organisée à l’intention des cadres techniques du ministère, couvrant non seulement l’utilisation, mais aussi la maintenance, la configuration des règles de logique et les principes de qualité des données. Une seconde formation a couvert l’orchestration d’OpenHEXA, les principes des pipelines de données et la supervision des flux automatisés. Enfin, une formation sur l’interprétation des tableaux de bord et l’utilisation des produits analytiques a préparé les décideurs du COUSP à exploiter l’infrastructure.

Cette logique de formation en cascade (les formateurs locaux pouvant former à leur tour) était cruciale pour la pérennisation. Au-delà de la phase de mise en œuvre, ce sont le COUSP et ses partenaires qui assurent l’évolution du système, l’ajout de nouvelles maladies, et l’amélioration continue.

Formation sur OpenHEXA et l’utilisation du Tracker DHIS2 avec les équipes du COUSP, de la DSNIS et du LNR

Formation sur OpenHEXA et l’utilisation du Tracker DHIS2 avec les équipes du COUSP, de la DSNIS et du LNR

Perspectives et continuation du projet

Le projet initial a établi les fondations. Cependant, une vraie pérennisation exige une phase de consolidation. Le COUSP et le ministère travaillent à renforcer les routines opérationnelles : appui technique, supervision des données, maintenance des pipelines OpenHEXA, évolution des formations selon les retours d’expérience.

L’intégration avec le reste du système d’information sanitaire reste un enjeu. L’analyse de données pour la gouvernance des systèmes de santé nécessite que la surveillance basée sur les cas s’articule aussi avec les données de routine, les données financières et les données d’accès. Le Burundi avance sur ce volet, en lien avec les partenaires techniques nationaux et internationaux.

Les enseignements du projet de surveillance au Burundi

Le projet burundais montre qu’une transformation de la surveillance est possible dans un contexte de pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI) :

L’expérience burundaise suggère que l’adaptation de l’architecture au contexte, l’implication précoce des cadres techniques et décideurs, et un équilibre entre formation et technologie constituent des facteurs clés de succès. D’autres pays envisageant un renforcement similaire pourraient s’inspirer de ces éléments selon leurs propres réalités.

Pour explorer comment cette approche pourrait s’appliquer dans votre pays, consultez notre expertise en surveillance intégrée des maladies et riposte.

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